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Regards sur le coaching et les RH par Lionel Ancelet

Le bilan de compétences, un rite de passage ?

En Janvier dernier, la Chambre Syndicale des Centres de Bilan de Compétences organisait une conférence sur le  thème « Le bilan de compétences, rite de passage dans les transitions professionnelles« . Cette conférence, animée par Maryse Dubouloy, établissait un parallèle entre les rites de passage, destinés à faciliter la transition entre un « avant » et un « après », et les bilans de compétences, le plus souvent effectués en phase de transition professionnelle. Elle identifiait aussi la figure mythique d’Ariane comme celle du passeur, et celle de Thésée, volontaire pour combattre le Minotaure, comme celle du candidat au changement.


En Ouganda

Tout d’abord, quelle est la nature et la fonction d’un rite de passage ? D’après Maryse Dubouloy, les rites « traditionnels » se déroulent selon un protocole précis, et parfois avec un certain cérémonial. Ils accompagnent souvent une transition majeure de la vie (puberté, mariage, initiation, guerre, deuil). Ils fournissent notamment un cadre structurant à ceux qui vivent un changement identitaire important, et leur permettent d’établir des liens avec ceux qui traversent le même type d’épreuve. Les rites ont aussi pour fonction de permettre de prendre du recul afin de donner du sens aux transitions importantes, qui sont des circonstances propices au doute et à la solitude. Même s’ils ne sont pas nécessairement dotés de signification religieuse, ils ont tendance à disparaître de la vie contemporaine.

Aux USA

Quel rapport avec les bilans de compétences ? Au cours des dernières décennies, les évolutions de la vie professionnelle ont fait que les parcours sont de moins en moins linéaires, l’identité professionnelle de plus en plus fluide. Il est de plus en plus fréquent de changer d’entreprise, de secteur, voire de métier. Chacune de ces transitions s’accompagne d’un changement identitaire plus ou moins profond : c’est à ce titre qu’un bilan de compétences peut être utile par la prise de recul qu’il permet, à l’occasion d’une réflexion non seulement sur le portefeuille de compétences, mais aussi sur les motivations et valeurs professionnelles.

Luke Skywalker, un Thésée moderne ?

Attardons-nous quelques instants sur la notion de deuil. Le deuil est une réaction naturelle à une perte ou un changement. Dans son acception la plus forte, il s’agit du décès d’un proche. Mais il peut tout aussi bien s’agir d’une perte plus légère : fin d’une relation, perte d’un statut, d’un emploi, d’un environnement de travail, ou même d’un objet auquel on tenait particulièrement. Quelle que soit la nature et l’importance de la perte, les émotions ressenties sont souvent similaires, et évoluent selon un modèle qui a été proposé par Elisabeth Kübler-Ross, et repris avec plus ou moins de talent et de tact par de nombreux consultants en accompagnement au changement en entreprise à l’occasion de restructurations. Rappelons qu’il ne s’agit que d’un modèle et, puisque « la carte n’est pas le territoire« , qu’il ne prétend pas correspondre à la réalité de chaque être humain. D’autres cultures ont d’ailleurs leurs propres processus de deuil, parfois très différents, dont certains ont été « ré-importés » en Occident par des chemins de traverse. Maryse Dubouloy a pour sa part défini son propre modèle en quatre étapes : le déni, la déliaison des pulsions (acceptation de l’ambivalence), la dépression, et le rétablissement.


Dans le cadre d’un bilan de compétences, de quoi peut-on être amené à faire le deuil ? Le plus souvent, de la situation passée. Parfois, de certains rêves d’avenir. Pour le consultant en bilan de compétences, il ne s’agit bien entendu pas de s’adonner à une psychothérapie sauvage, mais tout simplement de prendre le temps de revenir sur le passé professionnel de la personne qu’il accompagne, afin d’identifier ce qui doit être conservé et ce qui doit être abandonné, et d’éviter qu’un passé idéalisé ne vienne à l’occasion hanter l’avenir professionnel qui reste à construire.

Labyrinthe antique

Enfin, en quoi la figure d’Ariane est-elle une métaphore de la posture du « passeur », de celui qui accompagne autrui à l’occasion d’un rite de passage ? Rappelons les aspects principaux du mythe de Thésée : il se propose de combattre le Minotaure, caché au fond d’un labyrinthe, afin de rompre la malédiction dont est victime Athènes, qui doit lui sacrifier chaque année 7 jeunes hommes et 7 jeunes filles. Le combat de Thésée contre le Minotaure peut être vu comme une métaphore du combat de Thésée contre son propre côté obscur. Ariane ne connait pas le plan du labyrinthe : elle ne sait ni où y trouver le Minotaure, ni comment en ressortir. Son rôle est de fournir à Thésée l’outil qui lui permettra d’atteindre le centre du labyrinthe pour y affronter le monstre, puis d’en ressortir sain et sauf. Cet outil, c’est bien sûr le fameux fil d’Ariane, qui va guider Thésée dans sa quête.

Ariane à Naxos

C’est en cela qu’Ariane est une belle métaphore de la posture d’accompagnant, qu’il soit consultant en bilan de compétences, ou plus généralement coach : elle ne détient pas les réponses, elle se contente de créer les conditions favorables à une issue heureuse à l’épreuve que traverse Thésée. Il se pourrait que la métaphore aille encore plus loin, puisqu’Ariane est ensuite abandonnée par Thésée, à l’instar de l’accompagnateur qui voit parfois avec un pincement au coeur ses clients successifs continuer sans lui leur route sur le chemin de la vie, ce qui est sans doute le prix à payer quand on s’est donné pour mission d’aider les autres à trouver les moyens de leur propre autonomie.

Thésée et le Minotaure

Nous pourrions aussi explorer plus avant la figure de Thésée : n’est-il pas lui-même le digne ancètre de ces « hauts potentiels » appelés très tôt à faire partie d’une certaine élite (Thésée était lui-même fils de roi), et à voler de succès en succés… jusqu’au jour où ils doivent affronter, au cours d’une épreuve, le côté obscur de leur personnalité (dans la légende, le Minotaure), et par la suite renoncer à un certain idéal (Ariane elle-même, rencontrée puis perdue) ? Nous pourrions aussi évoquer certains des adversaires que Thésée a rencontré dans sa vie, notamment avec le personnage Sinis qui écartèle ses victimes (serait-ce une métaphore de l’entreprise qui peut écarteler ses managers entre l’exigence de rentabilité à court terme et le souci personnel d’éthique ?), ou celui de Procuste qui « modèle » les voyageurs pour les conformer aux dimensions de son lit magique (s’agit-il des tentatives de l’entreprise de couler ses salariés dans un moule de conformité ?)


Les mythologies du monde regorgent à coup sûr d’autres figures, dont la personnalité et les aventures évoquent, à travers les siècles, des situations d’une actualité troublante : vos remarques et suggestions sont les bienvenues !

Retrouvez cet article, et d’autres, sur le blog du cabinet ABC Compétences, centre agréé de bilans de compétences et cabinet expert en conseil RH.


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